Yoan Mudry

Arts Visuels Vaud décerne l'un de ses deux prix annuels 2024 à l'artiste multidisciplinaire Yoan Mudry.

La remise du prix a eu lieu le 19 juin 2024 au Musée Alexis Forel, à Morges. Discours prononcé par Françoise Jaunin, membre du comité, à cette occasion: 

A son palmarès 2024, AVV a donc inscrit le nom de Julie Monot – vous venez de l’entendre et certains d’entre vous ont pu faire sa rencontrer lors d’une visite de son atelier en janvier dernier – mais aussi et sans hiérarchie aucune celui de Yoan Mudry que, je vous l’avoue, je suis très heureuse de rencontrer en vrai aujourd’hui pour la première fois. Jusqu’ici, ce n’est qu’à travers ce que j’ai pu voir de son travail que sa démarche m’a vivement intéressée et convaincue.

S’il a fait ses études et obtenu un Master à la HEAD - la haute école d’art et de design de Genève - et qu’il habite maintenant au bout du lac, Yoan a eu le bon goût de naître et de grandir à Lausanne,… ce qui le rend éligible au Prix Arts Visuels Vaud. Son travail été exposé dans tout une série de musées et galeries : Centre Pasquart de Bienne, Kunsthalle de Bâle et de Berne, MCBA Lausanne, Union Pacific à Londres, La Rada à Locarno, Super Dakota à Bruxelles, etc. En 2016, il remporte le prix Kiefer-Hablitzel pour les artistes émergents, en 2019 son travail a fait l’objet d’une première publication dans la collection Cahiers d’Artistes de Pro Helvetia, entre 2020 et 2021, il est l’un des résidents de l’Institut suisse de Rome et en 2022, il est lauréat d’une bourse Leenaards.

Parallèlement à son travail personnel, Yoan s’investit aussi beaucoup pour celui des autres. Et c’est un aspect de sa personnalité que je tiens à souligner. A Genève, il a cogéré l’espace d’art Zabriskie Point, puis l’Espace Forde. En 2019, il s’engage plus encore en cofondant l’Association à but non lucratif RITA dans la banlieue milanaise… d’où il vient tout juste d’arriver d’ailleurs. Dans une ancienne tannerie, RITA est un centre culturel qui a pour but de soutenir et diffuser la jeune scène culturelle suisse, d’accueillir des résidences pluridisciplinaires et de proposer des événements publics dans une perspective de mixité sociale, de créativité et de durabilité.

Adolescent, Yoan s’imaginait plutôt archéologue. J’ai lu ça dans une interview. Et cela ne m’a pas vraiment surprise. Sauf que les fouilles qu’il s’est mises à pratiquer, tiennent plutôt d’une forme d’archéologie du présent. Dans la saturation générale de notre aujourd’hui : saturation d’images et de sons, d’informations, de pub, de messages politiques, d’Internet et de réseaux sociaux, il mène ses explorations à lui, mixe les données, croise, superpose, recycle et fait des montages qui racontent la bande-image de notre époque. Dans ce grand brassage d’ « images trouvées », se mêlent des références à l’imagerie populaire aussi bien qu’à l’histoire de l’art, au cinéma, à la BD, au monde de la musique, à la culture en ligne ou aux graffitis. Mais à sa manière toute personnelle, ancrée dans la culture pop contemporaine et marquée d’un zeste d’humour, histoire - dans un premier temps - d’appâter l’œil. Avant - dans un deuxième temps -, de le plonger dans une phase plus réflexive et carrément critique. Parce que l’état du monde qu’il pointe n’est pas franchement drôle.

Assez méthodique et minutieux, Yoan dit aimer travailler longuement ses toiles, comme pour ralentir notre regard sur les images qui nous assaillent en continu. Et il aime à changer sa manière, se faisant tantôt quasi hyperréaliste et tantôt plus pop et décalé, citant visuellement ses sources sans les cacher mais en les réinventant à sa façon parfois corrosive et toujours pleine de sens.

« Tout commence, explique-t-il, avec une image, une information, un signal ou un mot trouvé. J’essaie d’en comprendre le sens ainsi que la ou les structures sous-jacente(s). […] Je cherche à apprendre à regarder, à lire les signes. Je m’efforce de constamment remettre en question la manière dont je regarde et comprends notre monde. »

 

Site de l'artiste: yoanmudry.com

 

Photo: Claudina Garcia