Lucie Kohler
Arts Visuels Vaud décerne l'un de ses deux prix annuels 2026 à l'artiste Lucie Kohler.
La remise du prix a eu lieu le 21 mai 2026 au CACY - Centre d'art contemporain d'Yverdon-les-Bains. Discours prononcé par Laurence Schmidlin, membre du comité, à cette occasion:
Lucie Kohler est née en 1985 à Lausanne et vit à La Croix-sur-Lutry. Elle est diplômée d'un Bachelor de la HEAD à Genève et d'un Master de l'ERG à Bruxelles. Depuis l'achèvement de ses études, elle développe un univers figuratif des plus singuliers dans les domaines du dessin et de la céramique. Elle a aussi créé plusieurs pièces de théâtre au sein du Collectif Inouite, avec Anna Nitchaeff.
C'est au moyen du crayon de couleur que Lucie Kohler donne vie à des scènes de genre contemporaines: des figures d'oisiveté, de cocasserie et d'incongruité sont mises en scène dans des paysages, au cœur d'épisodes tirés du quotidien ou face à des fins de monde qui semblent souvent les laisser indifférentes. Animaux et végétaux cohabitent avec ces personnages dans une harmonie nouvelle et leur prêtent parfois même leurs traits. Cet univers fantastique, souvent drôle et grinçant, est surtout peuplé de femmes: sirènes, saintes, commères, baigneuses, effigies de tableaux emblématiques, ce sont les héroïnes de nouveaux récits sur le thème des métamorphoses.
Lucie Kohler parle du « besoin presque vital de [créer] ». Dans son dessin, elle travaille en quelque sorte par collage en puisant des idées dans une banque de données d'images tirées de différents domaines, et en les associant pour concevoir de nouvelles compositions. Le crayon de couleur est une technique qui laisse des traces: chaque trait est visible, chaque marque s'additionne aux précédentes, et la nuance chromatique naît du cumul des stries. Ce processus de travail laborieux impose la lenteur. La feuille est saturée, l'image plane, la couleur chatoyante, les détails minutieux.
En marge du dessin, son médium de prédilection, il y a aussi la céramique, à laquelle Lucie Kohler s'est formée en autodidacte: figures animales aux attitudes anthropomorphes, comme un jour de fête, elles se substituent à nos corps, à nos vies, et nous renvoient un étrange miroir.
Avec ses œuvres, Lucie Kohler s'adresse à nous. Comme elle l'explique, elle nous demande qui, parmi tous les êtres qui peuplent le monde, est le sauvage ou le domestiqué? Quels rapports entretient l'être humain aux autres représentants du vivant? Quelles hiérarchies a-t-il établies au sein des espèces et au nom de quoi? Aucune réponse ne nous est donnée par celle qui vit entourée de son chien et de ses brebis, mais elle nous fait glisser, avec tendresse et humour, dans cet espace sensible de la réflexion que permet l'art.
Site de l'artiste: luciekohler.ch
Photo: Matthieu Croizier